Des Pays-Bas à la Côte Bleue, il n’y a qu’un coup de pédale !

Sur la Côte Bleue, le vélo s’impose progressivement comme une solution de mobilité du quotidien. Pour accompagner cette évolution, quatre communes ont choisi de construire ensemble une véritable politique cyclable, en s’appuyant sur le programme AVELO 3. Planification des aménagements, expérimentations, développement de nouveaux services ou encore actions de sensibilisation : autant de leviers mobilisés pour faire évoluer les usages et les habitudes de déplacement.

Rencontre avec Gautier Miaille, chargé de mission vélo sur le territoire de la Côte Bleue, lauréat du programme AVELO 3.

Un déclic venu des Pays-Bas

Pouvez-vous vous présenter et revenir sur votre parcours ?

G.M. : « Je suis chargé de mission vélo sur le territoire de la Côte Bleue depuis octobre 2024. Mon parcours est assez lié au vélo, même si tout n’était pas écrit d’avance.

Le véritable déclic est arrivé pendant mon Erasmus à Utrecht, aux Pays-Bas. J’y ai découvert un territoire où le vélo faisait naturellement partie du quotidien. Ce n’était plus un loisir ou un sport, mais un moyen simple de se déplacer. Cette manière de penser la ville m’a profondément marqué et m’a donné envie de voir ce modèle se développer davantage en France.

Après un voyage de plusieurs mois en Amérique latine, je savais que je voulais travailler dans le domaine du vélo. J’ai d’abord rejoint la Maison du Vélo de Toulouse, où j’accompagnais les entreprises dans le développement de la pratique cyclable. Cette expérience m’a permis de comprendre les mécanismes du changement de comportement et l’importance des actions de sensibilisation.

J’avais ensuite envie de revenir vers des missions davantage tournées vers l’aménagement et la planification. Le poste proposé sur la Côte Bleue réunissait tout ce que je recherchais : un territoire à fort potentiel, des communes prêtes à construire une stratégie commune et un programme comme AVELO permettant de partir presque de zéro pour bâtir une véritable politique cyclable »

Qu’est-ce qui vous motive dans ce métier ?

G.M. : « J’aime le fait que les mobilités actives croisent énormément de sujets : l’urbanisme, l’écologie, la santé, la participation citoyenne ou encore l’éducation.

Ce qui me plaît surtout, c’est de voir les projets prendre forme. Participer à l’amélioration du cadre de vie des habitants, rendre les déplacements plus agréables et constater que certaines personnes reprennent le vélo grâce aux actions que nous mettons en place est particulièrement satisfaisant.

Le vélo change aussi notre manière de vivre un territoire. On ralentit, on observe davantage son environnement, on profi te du trajet plutôt que de simplement chercher à rejoindre sa destination. Au fond, au-delà du mode de déplacement, le vélo reste avant tout un plaisir. »

Construire une politique cyclable à l’échelle de quatre communes

Pouvez-vous présenter la Côte Bleue ?

G.M. : « La Côte Bleue rassemble quatre communes littorales situées entre Marseille et Martigues : Carry-le-Rouet, Ensuès-la-Redonne, Le Rove et Sausset-les-Pins.
C’est un territoire particulièrement attractif, connu pour son littoral, ses calanques et ses espaces naturels préservés. Le relief est parfois marqué, mais les déplacements du quotidien restent relativement courts. Dans chaque commune, commerces, écoles, équipements publics ou services sont accessibles en une dizaine de minutes à vélo.
Pourtant, comme dans beaucoup de territoires périurbains, la voiture reste aujourd’hui très largement dominante.

Comment le territoire s’est-il engagé dans le programme AVELO ?

G.M. : « L’histoire a commencé grâce à l’association Carry en Transition, qui souhaitait remettre le vélo au cœur des réflexions locales.

Une première Fête du Vélo a été organisée avec le soutien des communes. Son succès a montré qu’il existait une véritable attente des habitants. Les élus ont alors décidé d’aller plus loin en construisant une stratégie commune plutôt que de mener chacun des actions isolées.

Le programme AVELO 3 est arrivé au bon moment. Il a permis aux quatre communes de travailler ensemble autour d’un même projet, malgré l’absence de structure intercommunale dédiée à cette compétence. »

Qu’a concrètement changé AVELO ?

G.M. : « Le premier apport a été le recrutement d’un chargé de mission entièrement consacré au développement du vélo.

Au-delà de cet aspect, AVELO a permis de structurer une véritable politique cyclable autour de quatre grands axes : la planification, les services, l’animation et le pilotage.

Concrètement, cela s’est traduit par l’élaboration d’un Schéma Directeur des Aménagements Cyclables, la création d’un service gratuit de prêt de vélos à assistance électrique, l’organisation d’événements de sensibilisation, d’actions dans les écoles ou encore la création d’un site internet entièrement dédié au vélo sur le territoire.

Mais l’apport le plus important est peut-être ailleurs. Le programme a permis de créer une dynamique collective entre quatre communes qui n’avaient encore jamais réellement travaillé ensemble sur ces sujets. Aujourd’hui, une vision commune est en train d’émerger et chacun avance dans la même direction.

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Faire évoluer les habitudes autant que les infrastructures

Quels sont les projets dont vous êtes aujourd’hui le plus fier ?

G.M. : « S’il ne fallait en retenir qu’un, je citerais la Fête du Vélo de la Côte Bleue. Au fil des éditions, cet événement est devenu un véritable rendez-vous du territoire. Lors de la dernière édition, près de 1 200 personnes se sont retrouvées autour du vélo.

Au-delà des animations proposées, c’est surtout ce qu’il représente qui me rend fier. Pendant une journée, habitants, associations, communes et partenaires se retrouvent autour d’un objectif commun. Le vélo devient un moment de partage, de découverte et de convivialité.

Cette dynamique illustre parfaitement notre manière d’aborder le développement du vélo : agir à la fois sur la sensibilisation, les services et la planification. Le Schéma Directeur des Aménagements Cyclables permet de construire une vision à long terme. Le service de prêt de vélos à assistance électrique aide les habitants à franchir le pas. Les actions menées dans les écoles sensibilisent les plus jeunes dès aujourd’hui.

C’est l’ensemble de ces actions, davantage que chacune prise séparément, qui fait progressivement évoluer les pratiques. »

Lever les freins à la pratique grâce à l’expérimentation

Vous développez actuellement un service gratuit de prêt de vélos à assistance électrique. En quoi consiste cette initiative ?

G.M. : « Ce service permet aux habitants de la Côte Bleue d’emprunter gratuitement un vélo à assistance électrique pendant deux semaines afin de tester ce mode de déplacement dans leurs trajets du quotidien. L’idée est de leur offrir la possibilité d’essayer un VAE sans avoir à investir immédiatement dans son achat.

Les vélos sont prêtés avec différents accessoires – panier, sacoche, siège enfant, support pour téléphone ou encore équipements de sécurité – afi n que chacun puisse expérimenter plusieurs usages et se projeter dans son quotidien. La fl otte circule entre les quatre communes selon un calendrier défi ni, ce qui permet de proposer ce service au plus près des habitants.

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Pourquoi ce projet était-il particulièrement pertinent sur votre territoire ?

G.M. : « Le relief constitue souvent le premier frein évoqué par les habitants lorsqu’on parle du vélo. Sur la Côte Bleue, les collines sont omniprésentes et peuvent décourager certaines personnes.

Le vélo à assistance électrique permet justement de lever cette contrainte. Les distances entre les commerces, les écoles, les équipements sportifs ou les services restent relativement courtes. Beaucoup de trajets pourraient donc être réalisés à vélo, à condition que chacun puisse se rendre compte, par lui-même, que c’est possible.

Ce dispositif s’inscrit également en complément du service de location longue durée proposé par la Métropole Aix-Marseille-Provence. L’objectif est de créer un premier déclic avant, éventuellement, de passer à une location ou à un achat. »

Quels premiers enseignements tirez-vous de cette expérimentation ?

Les premiers retours sont très encourageants. Les demandes de prêt sont nombreuses et les questionnaires remplis à l’issue de chaque essai montrent que l’expérience répond aux attentes des habitants.

L’un des résultats les plus marquants est que près de 75 % des participants déclarent vouloir poursuivre la pratique du vélo, et plus particulièrement celle du vélo à assistance électrique, après leur période d’essai.

Au-delà des chiffres, cette expérimentation confi rme qu’en levant certains freins – qu’ils soient liés au relief, au coût ou simplement au manque d’habitude – de nombreuses personnes découvrent que le vélo peut devenir une véritable alternative pour leurs déplacements quotidiens.

Faire évoluer les habitudes autant que les infrastructures

Quels sont aujourd’hui les principaux défi s à relever ?

G.M. : « Le premier est celui de la gouvernance. Il a fallu construire une vision commune entre quatre communes, fédérer les partenaires institutionnels, les associations et les différents services autour d’un projet partagé.

S’ajoutent ensuite les contraintes propres au territoire : un relief marqué, un littoral très urbanisé par endroits et un espace disponible parfois limité pour créer de nouveaux aménagements.

Mais le défi le plus important reste sans doute culturel. Le vélo est encore souvent perçu comme un mode de déplacement réservé aux sportifs ou comme une pratique peu sécurisante. Faire évoluer ces représentations demande du temps et nécessite d’adapter le discours aux attentes de chacun.

Sur la Côte Bleue, les arguments liés à la qualité de vie, au plaisir de rouler ou encore aux économies réalisées parlent souvent davantage que les seuls bénéfices environnementaux. »

Avez-vous déjà constaté une évolution des mentalités ?

G.M. : « Oui, progressivement. J’ai le sentiment que le vélo commence à être davantage considéré comme un véritable mode de déplacement du quotidien.

Les habitants sont également très curieux. Beaucoup découvrent qu’il existe aujourd’hui une grande diversité de vélos – électriques, cargos ou rallongés – capables de répondre à des besoins très différents.

Les actions que nous menons, qu’il s’agisse de la Fête du Vélo, du service de prêt ou des animations dans les écoles, permettent justement de créer ces premières expériences. Ce sont souvent elles qui donnent envie d’aller plus loin. »

Construire une culture du vélo dans la durée

Quel conseil donneriez-vous à une collectivité qui souhaite développer sa politique cyclable ?

G.M. : « Je lui conseillerais d’abord de monter sur un vélo. Rien ne remplace l’expérience du terrain. En parcourant son territoire à vélo, on identifie très rapidement les difficultés rencontrées par les usagers, mais aussi les itinéraires agréables, les aménagements à créer ou les stationnements à développer.

Je pense également qu’il est essentiel de s’appuyer sur les nombreux retours d’expérience disponibles. Les ressources proposées par l’ADEME, le Cerema ou d’autres acteurs permettent de gagner un temps précieux. Enfin, il ne faut pas avoir peur d’expérimenter : c’est souvent en testant des solutions que l’on fait évoluer les projets. »

Découvrez toutes nos ressources !

Parce qu’une politique cyclable se construit dans la durée, AVELO met à disposition des collectivités une riche bibliothèque de ressources pour accompagner chaque phase de leur projet.

Organisés autour de cinq étapes clés — planifi er, aménager, communiquer, développer et évaluer — ces contenus proposent des méthodes, des retours d’expérience, des outils et des conseils pratiques pour passer de la stratégie à l’action.

→ Découvrez la rubrique Ressources AVELO

Et à un futur chargé de mission vélo ?

G.M. : « Je lui dirais avant tout d’être patient. Construire une politique cyclable prend du temps. Les changements de pratiques, comme les projets d’aménagement, s’inscrivent dans le temps long.

C’est aussi un métier qui demande de la curiosité et beaucoup de dialogue. Il faut savoir travailler avec des acteurs très différents, écouter leurs attentes et trouver les arguments qui permettront de faire avancer les projets collectivement. »

Comment imaginez-vous la Côte Bleue dans cinq ans ?

G.M. : « J’aimerais voir les premiers grands aménagements cyclables former un réseau cohérent reliant les communes et les principaux lieux de vie.

Le stationnement vélo serait davantage développé, le jalonnement faciliterait les déplacements et les habitants se sentiraient suffisamment en confiance pour utiliser plus régulièrement le vélo.

J’espère aussi voir davantage d’enfants se rendre à l’école à vélo. Ce serait le signe que les habitudes évoluent durablement et que les familles considèrent désormais le vélo comme un mode de déplacement naturel. »

Si vous deviez résumer votre mission en une phrase ?

« Le territoire est vallonné, mais il vaut le coup d’être pédalé. »

Une formule qui résume bien l’ambition portée sur la Côte Bleue : montrer que, malgré les contraintes, le vélo peut progressivement trouver toute sa place dans les déplacements du quotidien.