Mouvn’go : une tournée pour donner envie de pédaler au quotidien à l’occasion de Mai à Vélo

Entre communes périurbaines et rurales, le Pôle Métropolitain Mobilités Le Mans-Sarthe fait le pari d’une mobilité plus accessible, plus concrète… et plus proche des habitants. À l’occasion de Mai à vélo, la coopération intercommunale lance une tournée événementielle sur 98 communes pour accompagner le déploiement de son service de location de vélos mouv’ngo.

Une manière d’aller à la rencontre des habitants, de lever les freins… et de remettre en selle des publics parfois éloignés du vélo. Rencontre avec Cyril COUROUSSE, chargé d’opérations mobilités actives au Pôle Métropolitain Mobilités Le Mans-Sarthe.

Un territoire, une ambition : structurer un véritable système vélo

Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre rôle au sein du territoire ?

C.C. : « Je suis chargé d’opérations modes actifs pour un territoire qui couvre six intercommunalités et près de 140 000 habitants.

Mon rôle consiste à développer un véritable système vélo, en travaillant à la fois sur les aménagements, les services et les actions de sensibilisation.

Concrètement, cela passe par l’accompagnement des projets d’apaisement des centres-villes, le développement du stationnement vélo, mais aussi la mise en place de services liés à la compétence d’autorité organisatrice de la mobilité. À cela s’ajoutent des actions de communication et d’animation, pour inciter à la remise en selle. »

Quel est votre parcours et ce qui vous a amené à travailler sur ces sujets ?

C.C. : « J’ai toujours travaillé autour des enjeux de transition écologique, avec une entrée d’abord sociétale, notamment dans le secteur des déchets et de l’économie circulaire.

Progressivement, je me suis orienté vers des sujets plus larges liés à l’aménagement du territoire et à l’énergie.

La mobilité est un sujet particulièrement intéressant, car il touche au quotidien de tous et concentre des enjeux à la fois écologiques et sociaux. »

Comment ces missions s’inscrivent-elles dans la stratégie globale du territoire ?

C.C. : « Elles s’intègrent pleinement dans le Schéma de Cohérence Territoriale, qui fait également office de Plan Climat Air Énergie territorial, validé début 2026.

Son fil conducteur est l’urbanisme favorable à la santé.

Le vélo y occupe une place importante, à la fois comme outil d’aménagement et comme pratique, avec un rôle direct en matière de prévention santé. »

Mouv’ngo : rendre le vélo accessible dans les territoires peu denses

Comment est né le service de location de vélos Mouv’ngo ?

C.C. : « Le service s’inspire de ce qui a été mis en place sur la Métropole du Mans. Les élus ont souhaité intégrer une offre de location dans les plans de mobilité simplifiés 2020-2026. Sa construction s’appuie sur des tests de vélos, des études, notamment celles de l’ADEME, et un travail de benchmark auprès d’autres territoires. Cela nous a permis de définir un service adapté à nos réalités locales. »

Quels besoins avez-vous identifiés sur votre territoire ?

C.C. : « Dans nos territoires périurbains et ruraux, la voiture reste très largement dominante. Mais les crises énergétiques, économiques et environnementales, ainsi que les enjeux d’accès à la mobilité, poussent à diversifier les solutions. Le vélo apparaît comme une opportunité, d’autant que les données montrent qu’un trajet sur deux fait moins de 5 km, et près de 70 % moins de 10 km. »

Quels publics cherchez-vous à toucher en priorité ?

C.C. : « Nous travaillons depuis plusieurs années avec les employeurs, mais certains publics semblent plus accessibles. Les jeunes, en quête d’autonomie, les parents, pour des questions d’organisation familiale, ou encore les retraités, pour lesquels les enjeux de santé sont importants. Les actifs restent un public plus difficile à convaincre, ce qui nécessite un travail spécifique. »

Une tournée pour aller au-devant des habitants

Pourquoi avoir choisi une tournée événementielle pour lancer le service ?

C.C. : « Notre territoire est étendu. Si l’on veut parler de mobilité, et en particulier de vélo, il faut aller au plus près des habitants.

Le service a été pensé dans cette logique, avec une agence mobile qui se déplace dans les communes centrales, à proximité des services, des commerces ou des gares. »

Concrètement, que vont vivre les habitants lors de cette tournée ?

C.C. : « La tournée, qui se déroulera du 18 mai au 4 juin, proposera 13 animations sur le territoire. Les habitants pourront tester différents types de vélos, obtenir des conseils en mobilité, découvrir le fonctionnement du service et s’inscrire directement sur place.

C’est important, notamment pour lever certains freins comme la fracture numérique. »

Pourquoi cette proximité est-elle essentielle ?

C.C. : « Parce que les déplacements du quotidien se jouent à une échelle locale.

Et parce que, dans les territoires peu denses, l’accès aux services est un enjeu central. Aller vers les habitants, c’est rendre le service concret et accessible. »

Où et quand tester Mouv’nGO ?

Du 18 mai au 4 juin 2026, la tournée Mouv’nGO propose 13 rendez-vous répartis sur un territoire de 98 communes.
Chaque étape permet aux habitants situés dans un rayon de 10 à 15 km de venir découvrir le service, essayer les vélos et s’informer.
Consulter le programme complet ici → Tournée mouv’ngo Mai à vélo 2026

Mai à vélo : un levier pour mobiliser largement

Pourquoi avoir inscrit cette tournée dans Mai à vélo ?

C.C. : « Mai à vélo est un temps fort qui rayonne sur l’ensemble du territoire. Il permet de donner de la visibilité à nos actions et de proposer des animations concrètes aux habitants.

Nous nous appuyons aussi sur d’autres dispositifs, comme le challenge kilométrique avec l’application Géovélo, ou encore des opérations spécifiques à destination des entreprises. »

Dans les coulisses : une organisation collective

Comment s’organise concrètement une telle opération ?

C.C. : « Ce type de projet mobilise beaucoup de monde. Trois personnes au sein du Pôle métropolitain, sans compter les fonctions support, mais aussi plusieurs intervenants côté prestataire.

Nous avons fait appel à un opérateur spécialisé, qui travaille lui-même avec des acteurs locaux. Au total, cela représente une dizaine de personnes mobilisées.« 

Quels ont été les principaux défis ?

C.C. : « Le pilotage global, la coordination des partenaires, le respect des délais… tout en tenant compte du contexte des élections municipales.

Nous avons également dû anticiper des contraintes très concrètes, comme les délais d’assemblage des vélos ou la mise en place de l’agence mobile. »

Une offre pensée pour lever les freins

Quelles sont les spécificités du service Mouv’nGO ?

C.C. : « Nous avons souhaité proposer une offre complète dès le lancement, avec différents types de vélos pour répondre à des usages variés : vélos à assistance électrique, pliants, longtails… L’idée est de pouvoir s’adresser à des profils très différents, du trajet domicile-travail aux déplacements familiaux.

Mais au-delà de l’équipement, nous avons beaucoup travaillé sur l’expérience utilisateur. Il ne s’agit pas seulement de mettre des vélos à disposition, mais de créer les conditions pour que les habitants aient envie de s’en saisir durablement. »

Pourquoi cet accompagnement est-il si important ?

C.C. : « Parce que beaucoup de personnes n’ont pas fait de vélo depuis longtemps, voire n’en ont jamais vraiment utilisé dans leurs déplacements du quotidien. Il ne suffit donc pas de proposer un vélo : il faut accompagner.

Cela passe par des temps de test, une remise en selle, mais aussi par des services associés comme la maintenance ou l’assistance. Nous proposons également des équipements de sécurité et de confort pour rassurer les utilisateurs dès les premiers trajets.

L’objectif est que les locataires vivent une expérience positive dès le départ. Si l’expérience est simple, fluide et rassurante, alors l’adoption du vélo devient beaucoup plus naturelle.« 

Le vélobus : créer une culture vélo dès le plus jeune âge

Vous avez également expérimenté un vélobus. Quels enseignements en tirez-vous ?

C.C. : « Ce projet est né d’une demande locale, portée par une commune qui souhaitait apaiser les abords d’un établissement scolaire.

Nous avons accompagné cette démarche dans une logique globale : diagnostic, expérimentation, mobilisation des acteurs, puis mise en place d’un dispositif dans la durée.

Le vélobus a permis d’impliquer les enseignants, les parents et les enfants autour d’un projet très concret, visible et immédiatement compréhensible.

Au-delà de l’outil lui-même, c’est toute une dynamique qui s’est enclenchée. Ce type d’action permet d’ouvrir le dialogue, de tester des solutions et, progressivement, de faire évoluer les habitudes et les représentations autour du vélo. »

Changer les pratiques dans la durée

Le saviez-vous ?

70% des déplacements du quotidien font moins de 10km

20min de vélo /jour peut augmenter l'espérance de vie de 10%

0,10€ c'est le coût moyen de recharge d'un VAE selon l'INSEE

Quels impacts attendez-vous de cette tournée ?

C.C. : « Nous espérons d’abord que le service de location trouvera son public. Les demandes seront suivies et analysées finement pour ajuster l’offre si nécessaire. Mais au-delà des chiffres, l’enjeu est aussi de créer un effet d’entraînement.

La tournée doit permettre de rendre le vélo plus visible sur le territoire, de valoriser les pratiques existantes et de donner envie à d’autres habitants de se lancer. Le service de location n’est pas une solution unique, mais un levier parmi d’autres pour faire évoluer les comportements. Il vient compléter un travail plus large, notamment sur les aménagements et les services. »

Quel conseil donneriez-vous à d’autres collectivités ?

C.C. : « Faire tester le vélo aux élus est souvent un déclic. Mettre quelqu’un sur un vélo, c’est souvent la moitié du chemin. L’expérience est concrète, immédiate et généralement très positive.

Plus largement, il est important d’adapter son discours aux publics que l’on souhaite toucher. Les arguments ne sont pas les mêmes selon que l’on s’adresse à des actifs, des jeunes ou des retraités.

Enfin, il ne faut pas sous-estimer les pratiques déjà présentes sur le territoire. Les identifier et les valoriser permet de s’appuyer sur une réalité existante, plutôt que de partir de zéro. »

Le mot de la fin ?

Si vous deviez résumer cette tournée en une ambition ?

C.C. : « Donner le sourire aux gens en les mettant en selle. Le vélo est une pratique joyeuse, accessible et positive. C’est aussi un formidable levier pour lever les appréhensions et donner envie de changer ses habitudes. L’expérience du vélo, lorsqu’elle est bien accompagnée, peut être un véritable déclencheur. »