En Bretagne, le vélo devient un maillon à part entière du réseau BreizhGo !

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Avec 3,7% de part modale, une fréquentation en hausse de 34% depuis 2019 et plus de 7 280 km d’aménagements cyclables, le vélo poursuit sa progression en Bretagne. Une dynamique que la Région entend accompagner en facilitant notamment son articulation avec les transports collectifs. Dès septembre 2026, le nouveau service Vélo BreizhGo viendra compléter les solutions déjà déployées en gare, avec des vélos électriques en libre-service et des vélos pliants destinés aux voyageurs du réseau régional. Une expérimentation soutenue par AVELO 3 qui répond à un enjeu très concret : permettre aux Bretons de combiner plus facilement vélo, train, car ou bateau dans leurs déplacements quotidiens.

Rencontre avec Mélissa Giguelay, chargée de mission vélo à la Région Bretagne. (entretien réalisé durant l’été 2026)

Du tourisme à la mobilité quotidienne : le vélo comme fil rouge

Vous travaillez sur le vélo depuis de nombreuses années. Comment êtes-vous arrivée à la Région Bretagne ?

M.G. : « Je suis très attachée à la Bretagne, à sa culture et à son patrimoine naturel. C’est ce qui m’a d’abord conduite vers les métiers du développement touristique, avec l’envie de contribuer à des modes de voyage plus responsables, notamment à pied et à vélo.

Pendant treize ans, j’ai eu l’occasion de travailler sur ces sujets dans différentes structures. En 2023, j’ai souhaité élargir mon champ de compétences et m’investir davantage dans le développement du vélo du quotidien. J’ai alors rejoint la Direction Transports et Mobilités de la Région Bretagne en tant que chargée de mission vélo. »

Concrètement, à quoi ressemble votre mission aujourd’hui ?

M.G. : « Elle s’articule autour de deux grands volets. Le premier concerne l’intermodalité entre le vélo et le réseau BreizhGo, qui rassemble les trains, les cars et les bateaux régionaux. Je pilote notamment la création d’une offre de vélos électriques en libre-service dans les gares et d’un service de location de vélos pliants pour les abonnés. Je travaille également avec TER Bretagne sur le dispositif estival de réservation TER + vélo.

Le second volet concerne l’accompagnement fi nancier des projets cyclables portés par les collectivités bretonnes. La Région dispose de différents budgets pour soutenir ces initiatives. J’interviens dans la sélection et le suivi des projets, en lien avec d’autres directions de la Région, mais aussi avec des partenaires comme la DREAL. L’objectif est de croiser nos expertises pour contribuer à améliorer la qualité des infrastructures cyclables. »

D’actions dispersées à une véritable stratégie régionale

Comment la politique cyclable bretonne s’est-elle structurée ces dernières années ?

M.G. : « La Région intervenait déjà sur le vélo à travers le tourisme, les gares ou encore les lycées, mais les actions étaient relativement dispersées. L’essor de la pratique après la crise sanitaire a renforcé la nécessité de structurer cette intervention.

En 2021, la Région a donc engagé l’élaboration de son Plan vélo régional. Une première étape, adoptée en 2022, a permis de dresser un état des lieux et de mieux défi nir notre rôle dans l’écosystème vélo breton. Ce travail a aussi permis de créer des passerelles entre les différentes directions. Par exemple, la Direction de l’Immobilier et celle des Transports travaillent désormais ensemble sur une méthode et un plan pluriannuel d’investissement pour équiper les lycées.

Une deuxième étape du Plan vélo a été adoptée à l’unanimité en 2025 autour de trois priorités : développer l’intermodalité vélo + BreizhGo, accompagner les projets en faveur du vélo et renforcer la coordination du sujet vélo en Bretagne. »

Quel rôle AVELO joue-t-il dans cette dynamique ?

M.G. : « AVELO constitue avant tout un levier pour passer de la stratégie à la réalisation.

Le soutien financier facilite la mise en œuvre des projets et peut aussi contribuer à conforter la décision politique.

Dans notre cas, AVELO 3 accompagne notamment le travail mené entre les directions de la Région et contribue au développement de Vélo BreizhGo.

Le projet bénéficie également d’un financement européen au titre du FEDER. »

Faire du vélo le premier ou le dernier maillon du trajet

Pourquoi l’intermodalité est-elle devenue un enjeu aussi important en Bretagne ?

M.G. : « La voiture reste aujourd’hui le mode de déplacement dominant, mais les usages évoluent. La fréquentation du train en Bretagne a progressé de 50 % depuis 2019 et nous constatons parallèlement une augmentation du nombre de voyageurs combinant train et vélo.

C’est une excellente nouvelle, mais cela crée aussi de nouvelles problématiques. Beaucoup d’usagers qui rejoignent leur gare à vélo embarquent ensuite leur vélo dans le train. Or les capacités restent limitées : même les Regio2N, par exemple, disposent au maximum de 14 places vélo pérennes. Aux heures de pointe, l’affluence peut donc générer de l’inconfort, voire des situations d’insécurité.

Notre objectif n’est évidemment pas de décourager les déplacements à vélo, bien au contraire. Nous cherchons plutôt à développer des solutions permettant de rejoindre la gare à vélo puis de poursuivre son trajet sans nécessairement embarquer sa monture. C’est dans cette logique que la Région investit dans les abris sécurisés et développe aujourd’hui Vélo BreizhGo. »

Vélo BreizhGo : 200 vélos pour faciliter les déplacements

Comment fonctionnera ce nouveau service ?

M.G. : « Vélo BreizhGo repose sur deux solutions complémentaires. La première est une offre de 150 vélos électriques en libre-service répartis dans 15 gares bretonnes. Ils seront réservés aux voyageurs BreizhGo, abonnés comme occasionnels, afin qu’ils puissent effectuer les derniers kilomètres de leur trajet après être descendus d’un train, d’un car ou d’un bateau.

En parallèle, 50 vélos pliants sont proposés à la location, principalement aux abonnés TER, avec également une expérimentation sur deux lignes de car. Cette solution répond davantage aux besoins des voyageurs qui doivent réellement conserver un vélo avec eux pendant l’ensemble de leur déplacement : une fois plié, il devient beaucoup plus facile à transporter à bord.

Peu de Régions ont aujourd’hui développé ce type d’offre. Pour nous, il s’agit donc véritablement d’une expérimentation. »

Le lancement est prévu pour septembre. Qu’attendez-vous de cette première phase ?

M.G. : « La mise en service opérationnelle aura lieu pendant la Semaine européenne de la mobilité, en septembre 2026. Des animations seront organisées dans les différentes gares concernées pour présenter le dispositif et permettre aux voyageurs de tester les vélos.

Nous n’avons évidemment pas encore de résultats d’usage à communiquer. L’enjeu sera justement d’observer attentivement la manière dont les voyageurs s’approprient les deux services afin de pouvoir faire évoluer l’offre.

À terme, nous espérons démontrer l’intérêt de combiner les services de vélo public avec les réseaux de transports collectifs. De nombreuses collectivités développent déjà de la location longue durée ou du libre-service : l’enjeu est désormais de réfléchir à la complémentarité entre ces offres. »

Apprendre aussi de ce qui fonctionne ailleurs

Développer de nouveaux services suppose aussi de faire évoluer les compétences. Quels ont été vos principaux défi s ?

M.G. : « Lorsque j’ai pris mon poste, j’ai d’abord dû acquérir des connaissances techniques solides sur les aménagements cyclables afin de pouvoir analyser les projets sollicitant un financement régional. Avec Vélo BreizhGo, j’ai également dû me familiariser avec l’univers du vélo public.

Dans ce domaine, il est essentiel de pouvoir s’appuyer sur les expériences déjà menées ailleurs. L’ADEME, le Cerema, le Réseau vélo et marche ou encore AGIR constituent des ressources précieuses pour continuer à se former et échanger avec d’autres professionnels.

Cette logique de partage vaut aussi pour les élus. En 2024, pendant l’élaboration de la deuxième étape du Plan vélo, nous avons organisé un voyage d’études en Belgique et aux Pays-Bas réunissant élus régionaux et locaux, représentants d’associations d’usagers et techniciens.

Découvrir sur place des modèles très avancés a permis de regarder au-delà des seules infrastructures. Les participants ont aussi pu constater les effets du vélo sur le cadre de vie : moins de voitures et de bruit, mais aussi davantage de convivialité. Ils ont ensuite partagé leur expérience lors de la deuxième Conférence bretonne du vélo, qui rassemble les acteurs publics, privés et associatifs du territoire. »

« Il faut associer ceux qui connaissent et pratiquent le territoire »

Quel est aujourd’hui le principal levier pour faire progresser davantage le vélo ?

M.G. : « Il n’y en a pas un seul. Le travail réalisé pour le Plan vélo régional montre qu’il faut agir simultanément sur plusieurs dimensions : proposer des aménagements cyclables sécurisés et de qualité, développer des services adaptés – stationnement sécurisé, location longue durée ou libre-service – et accompagner les changements de pratiques, par exemple grâce au Savoir Rouler à Vélo, à la remise en selle ou aux dispositifs d’aide. »

Quelle idée reçue aimeriez-vous déconstruire ?

M.G. : « J’aimerais que l’on communique davantage sur les temps de parcours à pied et à vélo en ville. Les personnes qui ne pratiquent pas imaginent souvent qu’elles gagneront forcément du temps en voiture.

Pourtant, sur quelques kilomètres en milieu urbain, ce n’est souvent pas le cas : une signalisation davantage orientée vers les modes actifs, indiquant par exemple les temps de trajet, pourrait aider certaines personnes à réaliser que marcher ou pédaler constitue une véritable alternative. »

Construire le futur du vélo en Bretagne

Quel conseil donneriez-vous à une collectivité qui commence tout juste à construire sa politique cyclable ?

M.G. : « Associer les acteurs du territoire dès le départ : habitants, associations et toutes celles et ceux qui connaissent précisément les routes et les chemins.

Leur expertise permet de bâtir un réseau cyclable à la fois sobre et efficace, en évitant lorsque c’est possible des infrastructures très coûteuses et en répondant au plus près des besoins réels.

Et pour un futur chargé de mission vélo, je conseillerais de se construire à la fois une culture vélo et un réseau professionnel, en participant aux dynamiques de l’ADEME du Réseau vélo et marche, d’AGIR ou du Cerema et aux grands rendez-vous nationaux consacrés aux mobilités. »

Et si l’on se projette maintenant dans cinq ans, à quoi ressemblerait la Bretagne à vélo idéale ?

M.G. : « J’espère que Vélo BreizhGo sera pleinement installé et que de nouvelles stations auront vu le jour dans les gares bretonnes. Son succès aura, je l’espère, encouragé d’autres collectivités à développer leurs propres services de vélo public et contribué à diffuser davantage la culture vélo dans les territoires.

Les grands projets d’infrastructures actuellement engagés auront également progressé et les collectivités pourront poursuivre le maillage du réseau, notamment en travaillant davantage sur la requalification du réseau secondaire.

L’objectif reste finalement celui qui guide ma mission depuis mon arrivée : contribuer à développer la pratique du vélo au quotidien partout en Bretagne. »