Elu au canton de Cherbourg-en-Cotentin en 2021 aux élections départementales, Axel Fortin-Larivière est vice-président du département de la Manche, en charge des déplacements. Il combine vie professionnelle et fonction d’élu. Son agenda l’a obligé à lever le pied sur ses pratiques sportives du vélo. Il n’en reste pas moins convaincu que l’usage de la bicyclette doit se développer sur son territoire.
🚲 Le vélo dans sa vie
À quel moment le vélo est-il devenu plus qu’un simple loisir ou un mode de transport ?
AF.L : Mon rapport au vélo a évolué au fil des années, devenant un outil de déplacement du quotidien -quand mon agenda reste compatible avec ce mode de transport. Le vélo représente pour moi un véritable levier pour (re)penser l’aménagement du territoire.
Que vous apporte l’usage du vélo dans votre quotidien ?
A.FL : Pour mes courts trajets, l’utilisation du vélo m’a permis de mieux gérer mon quotidien et les urgences en priorisant et en rationalisant les déplacements. Le vélo permet une prise de conscience : les déplacements prennent du temps. Autant donc optimiser ce temps « perdu ». Je n’hésite pas, grâce au vélo, à prendre le temps nécessaire. Dans le fond, les déplacements du quotidien peuvent se gérer comme les trajets des vacances en voiture. Il faut planifier sa journée en intégrant les déplacements.
Au-delà de l’organisation et de passer d’un temps « perdu » à un temps efficace, le vélo au quotidien vous apporte quoi d’autre ?
A.FL : Ce temps de déplacement à vélo devient « utile ». Je prends soin de ma santé physique. Il m’apporte bien-être et zénitude. Croyez-moi, se déplacer à vélo est très confortable. Aussi, le vélo m’oblige à ralentir la frénésie du quotidien.
⚙️ « Usager » ou « pratiquant » ?
Vous considérez-vous plutôt comme un usager ou comme un pratiquant ?
A.FL : Aujourd’hui je suis un « usager » principalement. Malheureusement mon emploi du temps ne me permet plus vraiment de partir pédaler sur de longues sorties. Par manque de temps la pratique est limitée. J’ai aimé pratiquer du VTT ou me poser sur un vélo de route. Cela me permettait de me vider la tête, de me renforcer physiquement et, bien entendu, avec les copains de me créer des souvenirs.
Cette distinction a-t-elle évolué avec le temps ou selon vos responsabilités ?
A.FL : Oui, par la force des choses, comme je viens de l’évoquer. Me déplacer à vélo ne compense pas tout à fait les bienfaits d’une sortie sportive. Disons que cela m’ouvre d’autres horizons. Et nourrit une certaine vision. Quand j’ai besoin d’un moment pour moi, aujourd’hui je marche beaucoup. Et oui, de temps en temps, j’enfourche mon vélo pour découvrir ou redécouvrir ce qu’il y a auprès de chez moi.
🔄 L’instant « nostalgie«
Quels souvenirs d’enfance liés au vélo avez-vous ?
A.FL: Plutôt des souvenirs d’adolescence ! Avec la bande de copains, nous partions sur des vélos bricolés avec un cadre course et des roues de bicross. A la découverte de Cherbourg. Dans ma famille, il n’y a pas vraiment d’histoire lié au vélo.
Un premier souvenir marquant ?
A.FL : Oh oui. C’était sur un vélo de course blanc. Il appartenait à mon père. Je l’ai enfourché, en me concentrant pour tenter de mettre les cale-pieds, je me suis pris le mur du voisin. J’ai plié la fourche. Et je me suis bien esquinté le visage.
🧭 Conviction ou révélation ?
Avez-vous toujours été convaincu par le vélo ? Ou est-ce venu avec le temps ?
A.FL : Oui, je peux dire que j’ai toujours été convaincu par les vertus du vélo. Même si le vélo c’est aussi des moments dans la vie. Il va et il vient. Je le vis au présent. Le vélo offre un moment de contemplation. Observer ce qui nous entoure. La contemplation est aussi un moment de détente. J’ose même dire, un moment de bonheur et de plaisirs. C’est un espace que l’on peut s’offrir dans une vie qui va souvent trop vite. Mes déplacements à vélo m’apportent à chaque fois quelque chose de remarquable.
📣 Écouter et agir
Comment écoutez-vous les demandes des citoyens cyclistes ?
A.FL : Au niveau du Département, l’écoute est moins au niveau des citoyens que des élus locaux qui nous remontent les attentes et les besoins. Même si évidemment, en tant qu’élu, je reste au contact et à l’écoute de la population.
Une fois les besoins identifiés, comment passe-t-on à l’action concrète ?
A.FL : En tentant de penser à toutes les attentes et tous les besoins. Ensuite on priorise. Certaines actions se mettent en place rapidement, d’autres s’inscrivent dans le temps long. C’est important de jouer sur ses deux temporalités. Pour montrer que l’on agit d’une part. Que l’on agit avec réflexion d’autre part.
🪜Au niveau du département de la Manche, le vélo est porté comment ?
A.FL : Promouvoir l’option vélo, c’est justifier l’optimisation des infrastructures pour faire de la place a toutes les mobilités. Rééquilibrer la place dévolue aux différents modes de transports, c’est une clé pour diminuer l’impact de l’autosolisme à la fois sur les modes de vie et l’impact carbone. Il est important de rééquilibrer les balances entre les modes de transport, ce qui doit conduire, la réadaptation, l’amélioration ou la création d’infrastructures, dans la même logique que le schéma proposé par la FUB sur la structuration du réseau routier. Le vélo est un bon vecteur et un composant d’un ensemble de mobilité.
🌟 Un projet emblématique
Quel est le projet vélo dont vous êtes le plus fier ?
A.FL : Difficile d’en citer un seul. Je citerais spontanément les RCID (Réseaux Cyclables d’Intérêt Départemental) avec la requalification des voies vertes, les actions envers les collèges. C’est environ 3M€ d’euros par an.
Le réseau, ensuite la promotion de l’usage de ses réseaux ?
A.FL : Exactement. Au niveau des EPCI, je salue la mise en place du Vélo en Location Longue Durée dans l’agglomération du Cotentin. Nous gérons une flotte de plus de 1000 vélos : VAE, Longtail, Cargo pour les artisans et bientôt des vélos inclusifs ; à des prix de location très attractifs. Ce qui permet à chacun de tester le vélo sous différentes formes.
Et pour aller plus loin ?
Nous sommes dans un process de promotion et d’exemplarité de la collectivité. Aujourd’hui, la question est de continuer l’accélération qui a été faite, l’émulation territoriale entre les EPCI et le Département et de voir au-delà de l’échelle du mandat.
🟣 Bonus
Un souhait pour l’avenir du vélo dans votre territoire ?
A.FL : Aujourd’hui, la question est de continuer l’accélération qui a été faite, l’émulation territoriale entre les EPCI et le Département et de voir au-delà de l’échelle du mandat. On investit 20 M€ sur la mandature 2022-2028. Le programme est visible ici.
Une idée reçue que vous aimeriez déconstruire ?
A.FL : Quand on porte une politique cyclable au niveau du Département, parfois il faut accepter le temps long. Nous avons mis en place de nombreuses actions ou expérimentations à la fois sur les infrastructures, la promotion et l’exemplarité de la collectivité. Viendra rapidement le temps de l’évaluation.
© Crédits photos : Département de la Manche