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Voté en 2022, le premier Plan vélo de la Meurthe-et-Moselle a marqué une nouvelle étape pour la politique cyclable du Département. Trois ans plus tard, après 10 millions d’euros de crédits mobilisés, plusieurs grands itinéraires réalisés et une fréquentation en progression, vient le temps d’évaluer le chemin parcouru. Neuf actions sont aujourd’hui passées au crible et 18 pistes d’évolution se dessinent déjà pour préparer la suite jusqu’en 2027.
Rencontre avec Roselyne Pierrel, cheffe de projet en charge du Plan vélo 54.
De la préservation des espaces naturels au développement du vélo
Avant de prendre en charge le Plan vélo 54, vous avez consacré une grande partie de votre carrière à l’environnement. Quel parcours vous a menée jusqu’aux mobilités actives ?
R.P. : « J’ai commencé ma carrière professionnelle comme professeure de SVT dans un collège, avant de devenir agente de développement local au sein d’un EPCI. Je suis écologue-géographe de formation et j’ai ensuite passé le concours d’ingénieur pour intégrer le Département de Meurthe-et-Moselle.
Pendant près de vingt ans, j’ai travaillé au sein du service de la gestion de l’Espace et de l’Environnement, principalement sur la préservation des espaces naturels sensibles et leur valorisation, notamment à travers l’aménagement de sentiers d’interprétation du patrimoine.
J’ai finalement rejoint les sujets liés au vélo en décembre 2021. »
Le passage des espaces naturels aux mobilités cyclables n’est fi nalement pas si éloigné ?
R.P. : « Non, l’écosystème des mobilités actives est assez proche de celui de la préservation de la biodiversité. Les enjeux sont liés : encourager la pratique du vélo, c’est aussi contribuer à améliorer la qualité de l’air et, plus globalement, l’environnement qui nous entoure.
Aujourd’hui, ma mission consiste à contribuer à la réalisation d’un réseau cyclable sécurisé et continu à l’échelle départementale afin de favoriser les déplacements à vélo des usagers. »
Un premier Plan vélo pour structurer la politique départementale
Quel terrain de jeu représente la Meurthe-et-Moselle lorsqu’on travaille sur le vélo ?
R.P. : « La Meurthe-et-Moselle compte un peu plus de 732 000 habitants et présente une typologie assez contrastée. Le territoire est fortement urbanisé autour du Sillon lorrain et de la Métropole du Grand Nancy, mais il comprend également de vastes espaces ruraux et périurbains, notamment dans le Pays Haut au nord et le Lunévillois à l’est.
Une grande partie des déplacements se concentre autour du Sillon lorrain, qui relie les principales villes entre le Luxembourg et Épinal, en passant notamment par Nancy et Pont-à-Mousson.
Cette diversité territoriale est importante lorsqu’on pense une politique cyclable : les besoins ne sont évidemment pas les mêmes dans un espace urbain dense et dans les secteurs périurbains ou ruraux. »
Le premier Plan vélo départemental est adopté en 2022. Pourquoi ce vote constitue-t-il une étape importante ?
R.P. : « C’est probablement l’une des réalisations dont je suis la plus fière. Le Département faisait partie des premiers de la région Grand Est à adopter son propre Plan vélo.
Ce vote a permis, pour la première fois, de structurer une stratégie globale, ambitieuse et volontariste en faveur des mobilités cyclables. Il a véritablement donné un cadre à notre action.
Le Plan vélo représente un budget de 20 millions d’euros sur la période 2022-2027. Aujourd’hui, le département compte 736 kilomètres d’aménagements cyclables, dont 191 kilomètres de véloroutes d’intérêt national. »
Quelles réalisations ont concrètement accompagné cette montée en puissance ?
M.G. : « Deux grands projets ont notamment marqué ces dernières années : la finalisation de la Véloroute 50, avec 27 kilomètres réalisés pour 4,6 millions d’euros, et celle de la section Est de la V52, représentant 20 kilomètres pour 4 millions d’euros.
Plus largement, les itinéraires cyclables structurants progressent à l’échelle du département : la V50 est aujourd’hui entièrement réalisée, tandis que la V52 atteint 94 % de réalisation et la Boucle de la Moselle 96 %.
AVELO pour renforcer l’ingénierie et l’accompagnement
Comment le Département de Meurthe-et-Moselle a-t-il rejoint le programme AVELO ?
R.P. : « Nous avions déjà expérimenté en 2020 un dispositif intitulé « Au collège, à vélo », destiné à accompagner plusieurs collèges dans leurs démarches d’écomobilité. Mais faute de moyens humains suffisants pour assurer l’animation, le bilan était plutôt mitigé.
En 2023, j’ai participé aux Rencontres du Réseau Vélo et Territoires à Amiens et à une table ronde animée par l’ADEME. C’est à cette occasion que j’ai découvert le programme AVELO. Le Département a ensuite déposé sa candidature début 2024.
Qu’a permis concrètement cet accompagnement ?
R.P. : « AVELO nous a apporté à la fois de l’ingénierie, notamment grâce aux ingénieurs mobilité de l’ADEME, et des moyens financiers.
Le programme accompagne des recrutements, des études ainsi que l’achat d’équipements comme des arceaux, de la signalétique ou des compteurs. Il nous a aussi permis de créer, en juin dernier, un collectif d’acteurs autour du vélo.
Ce travail collectif est important parce qu’à l’échelle départementale, nous pouvons croiser les regards des différents aménageurs et accompagner les collectivités à toutes les étapes de leurs projets.
Mon leitmotiv reste de convaincre par l’exemple. Lorsque le Département réalise lui-même des travaux d’aménagement de véloroutes, il acquiert aussi une expérience qui lui permet ensuite de mieux conseiller les territoires. »
Mesurer les progrès pour préparer la suite
Trois ans après l’adoption du Plan vélo, vous pilotez aujourd’hui son bilan à mi-parcours. Que cherchez-vous à mesurer ?
R.P. : « Nous évaluons les neuf actions du Plan vélo adopté en 2022. L’objectif est de croiser deux types d’indicateurs.
D’un côté, des éléments qualitatifs issus notamment des retours du collectif d’acteurs du vélo. De l’autre, des données quantitatives comme le linéaire d’aménagements réalisés ou l’efficience des crédits engagés dans le dispositif d’accompagnement des collectivités.
Les chiffres montrent déjà une progression importante, avec notamment 10 millions d’euros de crédits mobilisés en trois ans. Mais il est essentiel de ne pas s’arrêter à ces données et d’objectiver les résultats en associant directement les partenaires et les usagers concernés par cette politique publique. »
Quels premiers enseignements ressortent de ce travail ?
R.P. : « Les partenaires se montrent globalement satisfaits de l’accompagnement technique et fi nancier proposé par les services départementaux. La réalisation de la Véloroute 52 suscite notamment une grande satisfaction.
Les grandes orientations choisies pour ce premier Plan vélo, centrées en priorité sur le renforcement des infrastructures nécessaires aux déplacements du quotidien, sont également jugées pertinentes.
Le choix de cibler certains publics, notamment les collégiens et les publics fragiles, apparaît lui aussi cohérent avec les compétences du Département. »
Que va-t-il se passer à l’issue de ce bilan ?
R.P. : « Nous avons identifié 18 pistes d’évolution. Elles doivent prochainement être présentées à la vice-présidente en charge des infrastructures et des mobilités.
Il faudra ensuite les prioriser afin de définir notre plan d’actions jusqu’en 2027. Le bilan doit donc nous permettre à la fois de mesurer ce qui a fonctionné et d’éclairer les prochaines décisions. »
Des « embouteillages » de vélos comme signe du changement
Percevez-vous déjà une évolution des usages depuis votre prise de poste ?
R.P. : « Oui, notamment en milieu urbain. Je le constate d’ailleurs directement dans mes propres déplacements quotidiens à vélo : j’ai connu mes premiers « embouteillages » de cyclistes aux feux !
Au-delà de cette observation personnelle, nous pouvons désormais objectiver cette évolution grâce à notre observatoire de la fréquentation, mutualisé avec sept collectivités partenaires.
Onze compteurs enregistrent aujourd’hui plus de 592 000 passages annuels sur les V50 et V52, soit une progression de 4,7 % par rapport à 2024.«
Quel est selon vous le levier prioritaire pour poursuivre cette progression ?
R.P. : « S’il fallait n’en retenir qu’un, je dirais la création d’un réseau cyclable continu, sécurisé et lisible.
Il faut également sortir de l’idée selon laquelle le vélo serait uniquement adapté aux centres-villes denses ou réservé aux sportifs. Avec des aménagements sécurisés et le développement du vélo à assistance électrique, il peut constituer une véritable solution pour de nombreux déplacements du quotidien, y compris dans les territoires ruraux et périurbains.
L’objectif n’est pas de remplacer systématiquement la voiture, mais d’offrir davantage de choix aux habitants dans leurs façons de se déplacer. »
« Les premiers succès créent de l’adhésion »
Quel conseil donneriez-vous à une collectivité qui commence à construire sa politique cyclable ?
R.P. : « Je lui conseillerais de partir des besoins des usagers et de les associer à la conception des projets. Il faut également réaliser des aménagements dès les premières années. Les premiers succès sont importants : ils permettent de créer de l’adhésion aussi bien auprès des habitants que des élus. »
Et à quelqu’un qui prendrait demain ses fonctions comme chargé de mission vélo ?
R.P. : « De passer un maximum de temps sur le terrain. La présence des services départementaux au plus près des territoires est une véritable richesse, et nos partenaires nous le disent régulièrement. C’est tout le sens de notre mission de service public : écouter, accompagner et agir pour répondre aux besoins des usagers. »
Comment imaginez-vous la Meurthe-et-Moselle à vélo dans cinq ans ?
R.P. : « J’imagine un territoire où le vélo ne sera plus perçu comme une alternative, mais comme une évidence pour de nombreux déplacements du quotidien, avec des infrastructures adaptées et des services de qualité. »
S’il fallait enfi n retenir un moment marquant depuis le début de cette aventure ?
R.P. : « Le vote à l’unanimité du premier Plan vélo par les élus départementaux. C’est un moment particulièrement important pour moi, parce qu’il a montré que la politique cyclable en Meurthe-et-Moselle était devenue un sujet consensuel, porté par toutes et tous. »